une œuvre qui se construit pas à pas et pièce à pièce

La Fabrique des transitions, une alliance ? de quoi s’agit-il ?

Pierre Calame

La Fabrique des transitions a fait pour s’organiser un choix original : être une Alliance, avec un nombre sans cesse croissant et évolutif d’alliés, et s’appuyer sur une association formée d’un nombre limité de membres pour transformer les orientations des alliés en programme opérationnel.

Ce choix est inhabituel. Pour la plupart des alliés eux-mêmes, « alliance » ça ne dit pas grand chose, c’est un peu un « objet institutionnel non identifié », un OINI comme on dit un OVNI.

Le document joint détaille les différences entre les deux modes d’organisation, raconte comment est né le modèle de l’alliance et en quoi il semble mieux adapté à ce que nous cherchons à faire que le modèle associatif classique.

À télécharger : alliance_nouvelle_forme_d_organisation-2.pdf (160 Kio)

La Fabrique des Transition n’est pas une association de membres mais une Alliance. Les alliés sont tous ceux qui se reconnaissent dans le diagnostic, les valeurs, les objectifs et les méthodes de la Fabrique et le manifestent en signant la Charte.

Une alliance a trois caractéristiques principales :

  1. elle ne se fonde pas seulement sur un intérêt commun mais sur un accord profond matérialisé par la Charte ;

  2. elle a une stratégie à long terme, incarnée par son texte fondateur et supervisée par un groupe de garants qui n’ont pas de fonctions opérationnelles mais sont, à l’instar des cours constitutionnelles pour les États, les personnes qui veillent au respect collectif des valeurs, objectifs et méthodes énoncés par la Charte fondatrice ;

  3. contrairement à une association classique qui trace une ligne franche entre les membres et les non membres, une alliance, grâce à la stabilité de sa gouvernance, permet des engagements des alliés d’intensité diverse et évoluant dans le temps, certains fortement impliqués dans le développement de la Fabrique, d’autres intéressés mais sans rôle actif.

Quand on envisage, comme nous l’avons fait, de lancer un mouvement multi-acteurs pour promouvoir la transition territoriale, le choix du cadre institutionnel à lui donner est décisif. En effet chaque institution, avec ses règles de fonctionnement, modèle l’action à son image. Si ce préformatage va dans le sens des buts que l’on s’assigne, c’est parfait. S’il va dans le sens contraire de ces buts, il faudra des prodiges de volonté pour faire fonctionner l’institution au rebours de sa direction naturelle.

Très souvent, la question n’est même pas posée : on va soit créer une association (ou un parti) soit une entreprise, classique ou de la famille des entreprises sociales et solidaires, comme si c’était les seuls modèles possibles. Or ces solutions classiques sont mal adaptées au cas de la Fabrique comme nous le rappellent les quelques lignes ci-dessus extraites du site web. L’alliance propose donc un modèle alternatif d’organisation. Il ne sera sans doute pas parfait (aucune organisation ne l’est) mais il cherche au moins à coller à ce que nous sommes et à ce que nous voulons être.

Quand on regarde les organisations, y compris les entreprises, au cours des vingt dernières années on observe qu’elles se situent entre deux « pôles » profondément différents : les organisations « mécaniques », dont le fonctionnement s’apparente à une horloge ou à une machine ; les organisations « organiques » qui cherchent à s’inspirer des systèmes vivants. L’association fait partie des organisations de type mécanique, l’alliance des organisations de type organique.

Le modèle organique est plus souple, plus décentralisé, fait plus de place à l’initiative à la base et à la capacité de réagir à des événements imprévisibles. C’est pourquoi il tend à se développer dans un univers de plus en plus complexe, sous des appellations diverses comme holocratie et sociocratie.

Pour simplifier, on peut caractériser les différences entre les deux modèles par une série d’oppositions : à chaque fois le premier terme correspond à une organisation de type mécanique et le second à une organisation de type organique :

  1. La décision : acte ponctuel vs processus d’élaboration et de mise en œuvre

  2. L’organisation : organes statutaires vs constitution

  3. La prise en compte de la durée : planification vs stratégie

  4. Le pouvoir : pouvoir substantiel (magistère) vs pouvoir auxiliaire (ministère)

  5. Communauté : fermée vs ouverte

  6. Mode de cohérence : pyramidal vs en treillis et en feed-back

  7. Pouvoir d’initiative : le centre vs les membres

  8. Le savoir : vérité vs expérience

  9. Diffusion de l’innovation : généralisation de bonnes pratiques vs principes directeurs

  10. Source de l’autorité : légalité vs légitimité

  11. Structure : organigramme vs structure souple et évolutive

Pour éviter tout malentendu, précisons que si l’on observe dans beaucoup d’endroits le glissement d’organisations « mécaniques » à des organisations « organiques » c’est une évolution assez récente, tâtonnante : les intuitions sont solides ; reste encore à les mettre en œuvre concrètement, face à des habitudes tenaces qui font que sans cesse on passe d’un registre à l’autre comme on le fait dans tous les domaines en interprétant le monde de demain avec des représentations d’hier. L’alliance Fabrique n’est donc pas comme Athéna sortie tout armée de la cuisse de Zeus, elle sera le fruit de notre inventivité collective et de notre capacité à avancer par essai et erreur.