Présentation
En septembre, la Fabrique des transitions était à Oulu, en Finlande, dans le cadre d’un voyage d’étude européen organisé avec la FNADAC et Dard-Dard, autour d’Oulu 2026, Capitale européenne de la culture. Une immersion précieuse pour interroger une intuition qui nous est chère depuis l'arrivée de Chantale Lamarre à Loos-en-Gohelle et la création de Culture Commune : les transitions ne sont pas seulement techniques, elles engagent aussi nos manières de voir, de raconter, de coopérer et d’habiter les territoires.
Le slogan d’Oulu 2026 résume cette ambition : “Cultural Climate Change”. Il ne s’agit pas seulement de rendre la culture plus écologique. Il s’agit de se demander comment la culture peut transformer le climat dans lequel une société interagit : ses imaginaires, ses rapports au territoire, ses capacités de coopération, ses manières de débattre et de faire face aux changements.
Cette question prend à Oulu une intensité particulière. Une référente de la municipalité nous confiait : « à présent, nous perdons notre hiver à cause du dérèglement climatique ». Ce n'est pas seulement la glace qui fond mais tout un pan de l'identité locale et des habitats naturels. Dans le nord de la Finlande, comme ailleurs, le changement climatique est déjà une réalité concrète.
Des projets artistiques comme Climate Clock, Arctic Food Lab, Logos, la transformation du site industriel de l’AaltoSiilo (pendant finlandais de la Base 11/19) ou encore les dispositifs de participation et de volontariat cherchent à rendre ces mutations sensibles et appréhendables, pour pouvoir y faire face de façon inclusive.
Mais Oulu est aussi traversée par une tension féconde. Ville industrielle (exploitation du bois, chimie, téléphonie avec Nokia), marquée par une forte culture de l’innovation technologique, elle reste encore fortement inscrite dans un scénario où la technologie et l’attractivité doivent résoudre une large part des défis à venir.
"Oulu 2026" ne fait pas disparaître ce scénario. Elle ouvre plutôt un récit alternatif, encore fragile, mais bien réel. Un autre scénario dans lequel la capacité d’un territoire à faire face repose plutôt sur la qualité des relations, la participation, les droits culturels, les attachements, la coopération et la capacité à produire de nouveaux récits comme de nouvelles richesses.C’est sans doute là que réside tout l’intérêt de cette démarche : donner de l’épaisseur à ce scénario alternatif. Non pas seulement en produisant des discours, mais en créant des lieux, des projets, des habitudes de travail, des alliances, la mise en commun des budgets pour transformer le climat culturel avec lequel on peut répondre au changement climatique. Et en posant une question décisive : que restera-t-il après 2026 ? Quelles coopérations auront survécu ? Quelles pratiques auront changé une fois la capitale terminée ? Quels arbitrages publics seront désormais pensés autrement ? Des questions laissées en suspens...
Pour la Fabrique des transitions, ces questions résonnent directement avec les enjeux de conduite du changement systémique : partir des ressources du territoire, mettre les controverses au travail, reconnaître la capacité de contribution des habitants, croiser les politiques publiques, donner une place aux récits et évaluer la valeur réellement créée.
Ce voyage d’étude a aussi permis de confronter ces constats avec les expériences de nombreux professionnels français au sein des directions de l'action culturelle : comment les droits culturels irriguent la façon de penser et mettre en oeuvre les autres politiques publiques ? Les dynamiques à l'oeuvre à Lille ou Rouen sont particulièrement inspirantes.
Au final transition écologique et la transition culturelle ont beaucoup à apprendre l’une de l’autre.
Merci à la FNADAC et à Dard-Dard d’avoir rendu possible ce déplacement et ces échanges. Ils permettent de faire circuler les expériences européennes, mais surtout de nourrir une question essentielle : comment faire de la culture non pas un supplément d’âme de la transition, mais l’une de ses conditions de réussite ?

