Établi N50 - Pas d'adaptation sans réel projet de territoire

  • La Fabrique des transitions
  • Autre

    Présentation

    Pas d’adaptation sans réel projet de territoire

    En ce début juillet 2026, la France vit sa troisième canicule en à peine plus d’un mois. Une sécheresse terrible frappe tout le territoire. Les victimes humaines se comptent déjà par milliers. Des morts invisibles. Invisibles comme le sont aussi les victimes non humaines : les animaux et végétaux meurent également, en masse et en silence. Des incendies de très grande ampleur ravagent déjà le sud du pays depuis plusieurs jours.

    Ce que nous vivons actuellement n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend, nous et nos enfants, dans un monde à +2, 3, 4 degrés. Ce n’est pas un autre monde. C’est le nôtre. Mais celui que nous avons connu n’existe déjà plus.

    Nous le savions depuis des décennies et pourtant nous ne sommes pas préparés. C’est ce que nous avions déjà constaté fin 2025, après avoir mené une dizaine de diagnostics sensibles dans des territoires participants au programme « Territoires Adaptés au Climat de Demain » piloté par le Cerema, dont la Fabrique des transitions est partenaire. Sans surprise, il ressort des diagnostics que le concept d’adaptation au changement climatique en est encore aux prémices. Les personnes rencontrées ne parlaient pas ou peu d’adaptation, rares étaient celles qui pouvaient la définir.

    Ces travaux nous ont conduit à préciser la définition de l’adaptation comme le développement des capacités d’un territoire à conscientiser et gérer collectivement les risques liés au changement climatique en fonction de ses vulnérabilités.

    Cela passe par les mêmes processus de conduite du changement que ceux nécessaires à la transition écologique : renforcer les conditions d’engagement des acteurs locaux, créer et tenir les modalités de coopération en mettant les conflits au travail, développer une approche intégrée d’enjeux pouvant apparaître à priori contradictoires voire antagonistes, et évaluer les effets de l’action.

    Car l’histoire nous a clairement montré qu’il ne suffit pas de parler de l’augmentation des températures pour déclencher l’action. L’urgence, la priorité, c’est le quotidien et la satisfaction de nos besoins de base (se nourrir/boire, se loger, se soigner, se déplacer), et de nos besoins sociaux (se rencontrer, s’entraider, réduire les inégalités).

    Plutôt que d’être considérée comme une réponse défensive aux aléas climatiques, l’adaptation peut alors structurer une trajectoire territoriale plus résiliente, en valorisant les ressources naturelles, économiques et sociales du territoire comme des leviers d’action. Elle ne doit pas se résumer à la préservation de l’existant, mais doit engager à reconstruire des capacités locales et à activer de nouvelles solidarités entre les acteurs.

    Parce qu’on ne peut pas fonder un projet d'adaptation sans projet de territoire et de transition territoriale affirmé, l’adaptation ne peut donc être pensée uniquement en réponse aux aléas climatiques, mais doit pousser à une réflexion plus profonde sur le type de territoire à faire émerger, avec ses nouveaux modèles socio-économiques.

    – Benoît Nenert

    Chef de projet à La Fabrique des transitions

    Date : 9 juillet 2026